Grèves et manifestations en Bolivie
Le Réseau
Le 8 novembre 2025, Rodrigo Paz a pris possession de son mandat à la tête de la Bolivie. Il a été élu comme le moins pire, mais il n’y avait rien derrière ce monsieur, pas de parti politique, pas de programme et pas d’adhésion du peuple. Il a très vite adopté des mesures impopulaires. Le 17 décembre, il a annoncé le « décret suprême » 5503. La principale mesure était la suppression des subventions pour les carburants, qui était en place depuis vingt ans. Le décret accordait aussi plus de pouvoirs à la Banque centrale dans le but d’obtenir de nouvelles lignes de financements internationaux, la libéralisation du marché de l’énergie, mise en place du système Fast Track pour faciliter les investissements étrangers… début de privatisation de la santé, de l’éducation et des services publics. Il a aussi attaqué les retraites, ouvert le pays à l’extractivisme, etc. Le tout dans un cadre d’inflation très élevée et de bas salaires dans une économie où le travail informel dépasse le 80%.
Ces nouvelles lois imposent moins les riches et appauvrissent encore plus les pauvres. Les mesures compensatoires annoncées (la promesse d’une augmentation salariale d’environ 20%) étaient loin de satisfaire les besoins de la population et ce d’autant plus qu’il refusait de retirer le décret en question. Le peuple a subi une perte de 30 % du pouvoir d’achat.
Le gouvernement a ensuite proposé du carburant de mauvaise qualité au peuple, ce qui a provoqué des pannes et celles-ci ont contraint les conducteurs à débourser plus de 1000 dollars pour arranger la panne de leur véhicule ! Sans parler de la tentative d’abrogation de la loi 1720 dans le but commercialiser les Terres communautaires d'origine (TCO) auxquelles les paysans boliviens tiennent beaucoup. C’est une loi historique qui défend ces terres. Il y a eu aussi le racisme vis à vis du peuple indigène, de la part du gouvernement. Dès le début du soulèvement, les forces du gouvernement ont réagi en maltraitant particulièrement les femmes indigènes et les personnes âgées.
La réponse syndicale et populaire a été immédiate. On a vu une démonstration de force des mouvements sociaux des plaines et de l'Amazonie. Les mineurs de la Fédération syndicale de travailleurs mineurs de Bolivie (FSTMB) se sont déclarés en grève le 19 décembre, en exigeant la suppression du décret 5503 qui « bénéficie seulement quelques secteurs », selon Andrés Paye, Secrétaire exécutif de la FSTMB. La FSTMB a annoncé le blocage de routes et a porté la mesure au sein de la Centrale ouvrière bolivienne (COB). La grève nationale commençait ainsi le 22 décembre. La COB exigeait le retrait complet du décret 5503 et le rétablissement des subventions pour les carburants. Elle refusait toute négociation tant que ledit décret resterait en vigueur.
Par suite d’accords partiels avec des coopératives minières (Federación Nacional de Cooperativas Mineras de Bolivia, FENCOMIN) avec la promesse de dialogue de la part du gouvernement et à des concessions partielles faites à des organisations de transport d’une part et, d’autre part, la décision de certaines organisations paysannes de lever quelques barrages routiers afin de faciliter les déplacements pour les fêtes de fin d’année, la grève a alors perdu de son élan.
Mais l’oligarchie bolivienne a exigé plus de répression sur le peuple. Plus récemment, le mouvement s’est durci, après la déclaration de l’État d’urgence dans le pays. La population se disait prête à prendre les casernes et les commissariats et l'a déjà fait dans une région. Ils et elles utilisent de la dynamite et différents explosifs, pour s’opposer aux forces de l’ordre et aux militaires. Des chauffeurs de camion en grève illimitée ont même essayé de prendre d’assaut les locaux des syndicats ripoux, qui étaient protégés par la police.
La population doit se défendre contre la police, contre les militaires et contre les fascistes.
En même temps qu’ils et elles tiennent ou renforcent les barrages routiers, ils et surtout elles mettent en place l’approvisionnement en nourriture pour la population. Les femmes ont un rôle très important dans cette insurrection. Après l'arrestation le 3 juin de Justino Apaz, animateur d'un des Comités d'auto-organisation d'El Alto (Cabildo) et de la FEJUVE (organisation qui regroupe près de 600 conseils de quartier qui fournissent des services publics, des infrastructures et des emplois aux habitants d'El Alto) et la nomination d'un nouveau ministre de la Défense plus radical, lié à Trump et à l'extrême-droite et face donc à la menace de coup de force militaire contre le soulèvement populaire qui semble se préciser, les femmes de la Confédération des paysannes Quechua - et bien d'autres communautés indigènes – se sont armées avec les moyens du bord (bâtons, pieux effilés, fusils…) et ont déclaré qu'elles n'ont pas peur de mourir.
De son côté, l'association des mères de Bolivie manifestant massivement à La Paz, a appelé ses enfants servant dans l'armée à rejoindre l'insurrection en cas d'intervention militaire.
Le "Cabildo" (Conseil) est peu à peu en train de prendre la direction du mouvement national, passant devant la COB. Il s'appuie et reflète les multiples comités d'auto-organisation qui ont lieu un peu partout en particulier autour des 90 à 130 points de blocage à l'heure actuelle.
Le Réseau syndical international de solidarité et de luttes réaffirme son soutien à la lutte des peuples de Bolivie. Nous faisons connaître la situation sur place, les actions syndicales et populaires qui sont menées, la répression utilisée pour tenter de briser le mouvement. Des camarades sur place nous transmettent les informations ; la première des solidarités est de les répercuter dans chacun de nos pays !




