La situation au Pakistan
APFUTU
Extraits de l'intervention de Azam Syed Zia (All Pakistan Federation of United Trade Unions - APFUTU), lors de la 6ème rencontre du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, du 13 au 16 novembre 2025
[…] Aujourd'hui, le gouvernement pakistanais, avec la participation de la CSI, de l'UE et du FMI, fait pression pour l'adoption d'un nouveau code national du travail. Il prétend que ce code est une réforme. Mais pour les travailleurs, il s'agit d'une menace. S'il est adopté, il supprimera des protections essentielles et aggravera la vulnérabilité des travailleurs industriels, des ouvriers du bâtiment, des ouvriers des briqueteries, etc. et du secteur informel. Il pourrait ouvrir la voie à davantage de travail des enfants, de travail servile et de travail forcé, à un moment où les travailleurs sont déjà confrontés à des salaires bas, à des conditions dangereuses et à une insécurité constante.
Dans tout le secteur privé pakistanais, des millions de travailleurs sont employés sans sécurité, sans contrat, sans protection sociale, sans même la promesse d'un salaire décent. Dans les seules industries de la brique et de la construction, plus de 85 millions de travailleurs sont confrontés à certaines des conditions les plus difficiles de la région : pas d'éducation pour leurs enfants, pas de soins de santé, pas de retraite et aucun moyen de se libérer de leurs dettes. Ces secteurs sont devenus des terrains propices au travail forcé, au travail servile et au travail des enfants. Les employeurs violent régulièrement les droits du travail et les droits syndicaux, et trop souvent, ils le font avec le soutien du gouvernement ou dans le silence de celui-ci.
Le plus douloureux est que le gouvernement refuse de dialoguer avec les syndicats de base, ceux-là mêmes qui se sont battus pendant des décennies pour obtenir des protections juridiques, notamment les lois du Pendjab interdisant le travail des enfants dans les briqueteries de 2016 et 2018 et la loi de 1992 sur l'abolition du système de servitude pour dettes. Ces lois n'étaient pas des cadeaux ; elles ont été obtenues grâce aux sacrifices, à la lutte, au sang et à la sueur des travailleurs. Et aujourd'hui, le nouveau code du travail menace de les effacer complètement. Un tel recul constituerait une défaite historique pour les droits du travail au Pakistan.
Depuis 2022, nous assistons à une répression alarmante des droits syndicaux. Des centaines de syndicats et de fédérations ont été interdits ou radiés. Dans les provinces de Khyber Pakhtunkhwa, Balochistan, Gilgit-Baltistan et Azad Jammu & Kashmir, l'activité syndicale est totalement interdite. Ces régions abritent d'importants marchés de la brique et de la construction, ce qui signifie que l'interdiction touche directement les travailleurs qui ont le plus besoin de la protection des syndicats.
Au Pendjab et au Sind, bastions traditionnels du militantisme syndical, seuls quelques syndicats sont encore en mesure de fonctionner. Par ailleurs, le gouvernement a supprimé 105 catégories de travailleurs des notifications officielles et imposé un salaire minimum d'à peine 75 euros par mois, identique pour les travailleurs qualifiés et non qualifiés. Il ne s'agit pas d'un salaire décent, mais d'un salaire de misère. Confrontés à des impôts élevés, à la hausse des prix et à des factures d'électricité et de gaz inabordables, les travailleurs pakistanais luttent quotidiennement pour leur survie.
Mes amis, il ne s'agit pas seulement d'une injustice économique. Il s'agit d'une atteinte systématique aux droits du travail, aux droits syndicaux et à la justice sociale elle-même. La situation est critique et exige une action internationale immédiate et unie.
[…]
Au-delà du Pakistan, nous devons également attirer l'attention sur la main-d'œuvre massive qui se prépare pour la Coupe du monde de football en Arabie saoudite et dans l'ensemble de la région du Golfe. Des millions de travailleurs migrants – originaires du Pakistan, du Bangladesh, de l'Inde, du Sri Lanka, des Philippines, d'Indonésie et d'ailleurs – sont employés dans le secteur de la construction dans des conditions qui violent trop souvent leurs droits fondamentaux et leurs droits du travail. Leur souffrance ne doit pas être cachée. Notre solidarité doit s'étendre au-delà des frontières, des régions et des océans.
Camarades, le mouvement syndical mondial est plus fort lorsque nous sommes unis. Les défis auxquels nous sommes confrontés au Pakistan sont immenses, mais grâce à votre solidarité, à vos voix et à votre pression sur les institutions internationales, nous pouvons riposter. Nous pouvons défendre les droits des travailleurs, rétablir l'espace pour les syndicats et protéger l'avenir des générations à venir.
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