La situation tragique des travailleurs et des syndicalistes au Soudan et les violations systématiques commises pendant la guerre
Coord. des professionnels et syndicats soudanais
Nos camarades du Soudan alerte sur la situation tragique dans leur pays et le Réseau syndical international de solidarité et de luttes appelle à faire connaître cette situation, la résistance syndicale et populaire et à développer les liens !
Le document original (en anglais)
Introduction
Depuis le début de la guerre au Soudan en avril 2023, les travailleurs et les syndicalistes sont confrontés à des conditions humanitaires et professionnelles catastrophiques en raison des violations systématiques commises par les deux parties au conflit, à savoir les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide.
Le mouvement syndical soudanais, qui a toujours été un pilier de la défense des droits des travailleurs et de la promotion des libertés démocratiques, est aujourd'hui confronté à une vague de répression sans précédent qui menace son existence même. Des millions de travailleurs ont perdu leur moyen de subsistance et les conditions de travail se sont effondrées dans la plupart des régions du pays.
Résumé
Ce rapport de la Coordination des professionnels et syndicats soudanais (SPSC) met en lumière la crise humanitaire et professionnelle dramatique à laquelle sont confrontés les travailleurs et les syndicalistes au Soudan depuis le déclenchement de la guerre en avril 2023.
Plus de 290 violations graves ont été documentées, notamment des arrestations arbitraires, des disparitions forcées, des actes de torture, des exécutions extrajudiciaires, le travail forcé, des violences sexistes, des licenciements massifs et le non-versement des salaires. Les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR) ont systématiquement pris pour cible les dirigeants et les membres des syndicats, portant atteinte à leur droit d'organisation, de travail et de défense de leurs droits.
La répression a entraîné la paralysie quasi totale des syndicats indépendants, des difficultés économiques généralisées, des déplacements de population et l'exclusion des travailleurs des processus décisionnels politiques et économiques. Ces actions constituent des violations flagrantes des obligations internationales du Soudan au titre des principales conventions de l'OIT et des traités relatifs aux droits humains.
Le SPSC appelle instamment l'Organisation internationale du travail, les Nations unies, les syndicats internationaux, les gouvernements donateurs et les organisations de défense des droits humains à :
Exiger la libération immédiate et inconditionnelle de tous les syndicalistes détenus.
Envoyer des missions d'enquête pour enquêter sur les violations et les violences sexistes.
Condamner toutes les formes de répression et de persécution
Abroger les décrets administratifs dissolvant les syndicats et garantir la liberté d'association.
Fournir une protection et un soutien internationaux aux travailleurs touchés, en particulier aux femmes.
Soutenir le rétablissement et le renforcement d'un mouvement syndical indépendant, pilier essentiel de la consolidation de la paix et de la reconstruction après la guerre au Soudan.
La défense des syndicats indépendants est essentielle non seulement pour les droits humains, mais aussi comme fondement d'une paix juste et durable au Soudan.
I.Contexte général
Depuis le coup d'État du 25 octobre 2021, l'activité syndicale a été suspendue par des décrets pris par les autorités militaires.
En mai 2025, les autorités ont ordonné la dissolution de tous les bureaux exécutifs syndicaux à tous les niveaux, les remplaçant par des comités préparatoires non élus nommés par le Registraire général des organisations du travail, en vertu de la décision n° 9.
La Coordination des professionnels et syndicats soudanais a formé un recours devant la Cour suprême contre cette décision, invoquant une violation flagrante de la Convention n° 87 de l'OIT sur la liberté syndicale, que le Soudan a ratifiée en mars 2021.
La guerre en cours a encore aggravé la crise : les secteurs de production ont été paralysés, les lieux de travail détruits et des milliers de travailleurs et de syndicalistes déplacés.
Les syndicats indépendants sont devenus des cibles directes des deux parties belligérantes, qui les perçoivent comme des forces sociales organisées et indépendantes.
II.Cas de violations documentés
En juillet 2025, la Coordination des professionnels et syndicats soudanais avait recensé plus de 290 violations graves commises à l'encontre de syndicalistes et de travailleurs, notamment :
1.Arrestations arbitraires et disparitions forcées
Détention de dirigeants syndicaux et de travailleurs sans mandat judiciaire.
Détention de personnes dans des lieux secrets, violation du droit à un procès équitable et à la liberté de circulation.
2.Torture et mauvais traitements
Violence physique et psychologique pendant la détention, y compris des passages à tabac, la privation de nourriture et le refus de soins médicaux, en violation des obligations du Soudan au titre de la Convention contre la torture (CAT).
3.Meurtres et ciblage direct
Assassinats et attaques ciblés contre des travailleurs des secteurs de la santé, des transports et de l'aide humanitaire, en violation du droit international humanitaire, qui protège les civils et les travailleurs des services essentiels.
4.Harcèlement sexuel fondé sur la violence
Les travailleuses et les syndicalistes ont été victimes de harcèlement sexuel, d'intimidation et de violence sexiste sur leur lieu de travail, dans les centres de détention et aux postes de contrôle. Ces actes ont été utilisés comme moyens d'humiliation, de punition et pour dissuader les femmes de participer aux activités syndicales.
5.Menaces et harcèlement sécuritaire
Menaces de mort, convocations arbitraires et harcèlement constant, contraignant des milliers de personnes à se déplacer à l'intérieur du pays ou à s'exiler, les privant ainsi de leur droit au travail et à s'organiser.
6.Saisie et destruction des locaux syndicaux
Des raids armés contre les bureaux syndicaux, la destruction ou le pillage de biens et la conversion de locaux syndicaux en bases militaires ont violé le droit à la liberté d'association.
7.Mesures répressives à Khartoum et dans l'ouest du Soudan
Licenciement de centaines de travailleurs sans procédure régulière, sous l'accusation de collaboration avec les Forces de soutien rapide, en violation des droits au travail et à la non-discrimination.
8.Retenue des salaires
Les autorités de facto à Port Soudan ont retenu les salaires de milliers de fonctionnaires pendant plus de deux ans, causant de graves difficultés socio-économiques et violant les droits économiques des travailleurs.
9.Travail forcé – Violation de la Convention n° 29 de l'OIT
Des cas ont été documentés dans lesquels des travailleurs ont été contraints d'effectuer des travaux dans des zones de conflit sous la contrainte armée ou sous la menace de mesures de sécurité, ce qui constitue un travail forcé ou obligatoire.
10.Interdiction des activités syndicales
Des décrets administratifs ont dissous des syndicats, gelé leurs avoirs et interdit leurs réunions, érodant encore davantage la liberté d'association.
III.Impact sur le mouvement syndical et les travailleurs
Paralysie quasi totale de l'activité syndicale indépendante et absence de représentation légitime des travailleurs.
Effondrement des structures organisationnelles en raison des arrestations, des déplacements et de l'ingérence de l'État par le biais de comités nommés fidèles aux autorités.
Vulnérabilité accrue des travailleurs face à l'exploitation et aux violations de leurs droits en raison de l'absence de protection syndicale.
Exclusion des travailleurs des processus décisionnels politiques et économiques qui déterminent l'avenir du Soudan.
IV.Violation des normes et conventions internationales
Ces violations constituent des violations flagrantes des obligations du Soudan en vertu :
La Convention n° 87 de l'OIT sur la liberté syndicale et la protection du droit syndical.
La Convention n° 98 de l'OIT sur le droit d'organisation et de négociation collective.
La Convention n° 29 de l'OIT concernant l'interdiction du travail forcé.
Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC).
V.Recommandations urgentes aux organisations internationales
Exiger la libération immédiate et inconditionnelle de tous les syndicalistes et travailleurs détenus.
L'Organisation internationale du travail (OIT) doit envoyer une mission d'enquête au Soudan afin d'enquêter sur les violations des conventions 87, 98 et 29.
Les Nations Unies et les organisations syndicales internationales condamnent la répression, doivent apporter une aide d'urgence aux travailleurs touchés et faire pression sur les deux parties pour qu'elles mettent fin à toutes les formes de persécution à l'encontre des syndicalistes.
Abroger les décrets administratifs dissolvant les syndicats et les remplaçant par des comités nommés.
Mettre en place des mécanismes de protection internationale pour les syndicalistes dans les zones de conflit et en exil.
Soutenir le rétablissement et le renforcement d'un mouvement syndical indépendant en tant que pilier central de la consolidation de la paix et de la reconstruction après la guerre.
Conclusion
La défense des syndicats indépendants et la sauvegarde de la liberté d'association ne sont pas seulement des impératifs en matière de droits humains, elles sont également des conditions essentielles pour parvenir à une paix juste et durable qui s'attaque aux causes profondes de la crise au Soudan.
La Coordination des professionnels et syndicats soudanais appelle toutes les organisations internationales et syndicales à prendre des mesures urgentes pour mettre fin à ces violations et garantir que le mouvement syndical soudanais reste une force libre, indépendante et efficace dans la défense des droits des travailleurs, la contribution à la consolidation de la paix, la fin de la guerre et la construction de l'avenir du pays.
Narmeen Nasur
Bureau exécutif

