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Le prolétariat 2.0 africain en révolte
Afrique

Le prolétariat 2.0 africain en révolte

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C’est une triple peine que semblent subir les ex-salariés de Sama en charge jusque là de la modération de contenus pour le compte de Meta [Facebook]. Leur employeur a perdu en janvier 2023 son contrat de sous-traitance pour la société américaine, propriétaire de Facebook. Ils peineraient à retrouver du travail chez Majorel, autre spécialiste en modération de contenu, qui les aurait placés sur une liste noire. Comme Brownie, jeune Sud-africain qui a été embauché par l’entreprise de San Francisco pour travailler sur le centre de Nairobi, plus de 184 salariés de Sama ont décidé d’attaquer en justice Meta, ce qui en fait la plus importante action judiciaire menée par des ex-modérateurs, hors des USA. Mercy Mutemi, l’une des avocats de ces modérateurs, espère faire parvenir à modifier durablement les conditions de travail proposées aux 15 000 modérateurs qui travaillent dans le monde, ce chiffre étant très certainement sous estimé. Pour les modérateurs licenciés, la bataille est loin d'être terminée. Après des années de brimades et d'intimidations de la part des grandes entreprises technologiques, les modérateurs disent "notre travail compte, nous en avons assez d'être traités comme un sale secret, et ensemble nous pouvons forcer le changement" a déclaré Cori Crowder, cofondatrice de Foxglove, une organisation à but non lucratif qui milite pour la justice dans le domaine de la technologie. Le cabinet de Crowder fournit des services juridiques aux modérateurs de contenu de diverses entreprises de médias sociaux depuis 2019. En mars, Foxglove a rapporté que certains des anciens employés de Sama avaient postulé pour des rôles similaires chez Majorel, la société chargée de prendre en charge la modération de contenu en Afrique pour Meta. Mais les travailleurs affirment que toutes leurs candidatures ont été rejetées. De nombreux modérateurs de Sama ont postulé pour les "nouveaux" postes chez Majorel, postulant en fait à nouveau pour les emplois qu'ils occupaient déjà. Malgré leur expertise et leur expérience évidentes, ils n'ont pas été retenus explique Foxglove. La situation semble plus complexe que ceci: du fait de décisions temporaires de la justice locale, Majorel (qui doit prochainement être acquise par Teleperformance) est en partie empêchée par les contenus des décisions de justice d'interférer dans la fin de contrat entre Sama et son client, jusqu'à l'issue finale des procès. Ceci pourrait expliquer la précaution prise. Les défenseurs des ex salariés de Sama indiquent que les conditions de travail seraient encore moins bonnes chez Majorel, d'un point de vue salarial. 

Kauna Malgwi, 29 ans, fait partie des anciens employés de Sama dont la vie est actuellement suspendue. Son travail consistait à examiner et à signaler les contenus qui violaient les lignes directrices de Facebook, consignées dans ce qui est appelé une bible de modération. Elle commençait généralement sa journée à 7 heures du matin, passant au crible des milliers de posts quotidiens, dont beaucoup contenaient des contenus dérangeants telles que des vidéos montrant des meurtres, des accidents de la route, des viols, des décapitations et des suicides. Elle gagnait environ 600 dollars par mois. Le 1er mai, Malgwi faisait partie des quelque 150 professionnels de toute l'Afrique qui se sont réunis à Nairobi pour s'engager à créer l'Union des modérateurs de contenu africains. Cette initiative a pour but de négocier collectivement de meilleures conditions d'emploi et de travail avec les entreprises sous contrat avec des sociétés telles que Meta, ByteDance (TikTok) et OpenAI. Cette initiative est considérée comme une étape décisive, les précédentes tentatives de syndicalisation des modérateurs en Afrique ayant échoué.

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