Entretien avec Aout 80 (Sierpen 80)
SUD Industrie - Entretien et trad. : Jan Malewski
SUD Industrie, membre de l'Union syndicale Solidaires, publie dans son bulletin l'interview de Katarzyna Jamróz, responsable du syndicat Aout 80 (Sierpen 80). Ceci s'est fait à l'occasion de la venue en France d'une délégation des grévistes de Valéo-Chrzanów. (voir sur ce site).
Le syndicat Aout 80 (en polonais, Sierpen 80)
En juin 1993, le Tribunal régional de Varsovie enregistre le Wolny Związek Zawodowy « Sierpień 80 » – Syndicat libre « Août 80 ». Son nom affirme son ancrage direct dans les luttes ouvrières d’août 1980. Le syndicat naît en réaction aux orientations prises par les autres organisations is-sues de ces grèves, jugées éloi-gnées des promesses et des attentes des travailleurs. Face à ce constat, un groupe de salariés fait le choix de créer « Août 80 », décision dont la pertinence s’est confirmée. À ses débuts, le syndicat rassemble principalement des mineurs et des sidérurgistes, avant d’élargir progressivement son action à de nombreux sec-teurs, dont l’enseignement, les services de l’eau, l’automobile, la santé et les services munici-paux. Depuis 2019, « Août ’80 » est implanté chez Valeo Lighting Systems à Chrzanów.
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Pourquoi avez créer Août ’80 à Valeo ?
Katarzyna Jamróz : Avant que notre syndicat ne s'étende à Valeo à Chrzanów, une autre organisation syndicale, Solidarność [Solidarité], était présente depuis des années dans cette usine. En raison des nombreuses réserves émises à l'égard des activités de ce syndi-cat, qui se tradui-saient notamment par le sentiment croissant des salariés que cette organisation défendait davantage les intérêts de l'employeur que les leurs, la décision a été prise de créer notre syndicat, Août ’80. Au cours des six années de notre action, il est apparu que nous ne « jouions pas dans la même équipe ». Cela a été confirmé par le fait que Solidarność n'a pas participé à la mobilisation concernant les augmentations salariales pour l’année 2025. Au début, nous étions peu nombreux. Les salariés observaient attentivement nos activités. Avec le temps, notre nombre a commencé à augmenter. Malgré les difficultés rencontrées avec la direction, nous avons continué à agir et à nous développer. Les salariés ont remarqué que nos paroles n'étaient pas que des mots, mais qu'elles étaient sui-vies d'actes. Notre tâche principale a toujours été de faire appliquer le Code du travail, d’améliorer les conditions de travail et la sécurité. Nous avons transmis aux salariés de nombreuses informations, sous forme de tracts ou d'enregistrements sur les réseaux sociaux. C'est grâce à nous que les gens ont appris que l'entreprise se développait, per-cevait des subven-tions et remportait des prix pour son dé-veloppement et la création d'emplois. Cette communication s'adressait à tous les salariés.
Comment la grève a-t-elle éclaté ?
À la fin de l'année dernière, nous avons adressé à l'employeur une lettre demandant l'ouverture de négociations sur les sa-laires pour l'année 2025. Le syndicat Solidarité l'a fait sépa-rément, en acceptant ce que l'employeur proposait. Les salariés n'ont pas apprécié. Nous avons fait un pas de plus en engageant un conflit collectif avec la direction au sujet des salaires, en appliquant étape par étape la loi sur le règlement des conflits collectifs. Un médiateur du ministère du du Travail et de la Politique sociale est venu sur place. Les discussions ont abouti à la rédaction d'un pro-cès-verbal de désaccord, ce qui nous a ouvert la voie à la tenue d'un référendum sur la grève. Plus de 95 % des salariés habilités à voter se sont prononcés pour. Après l'annonce des résultats, l'employeur a tenté de contester nous informant qu'il le soumettrait à l'appréciation des autorités étatiques.Du 12 au 14 novembre, nous avons fait une grève « d’avertissement » pendant deux heures à chaque quart de travail, pour que l’employeur accepte de discuter. Ce ne fut pas le cas. Depuis le 20 novembre, nous sommes en grève illimitée. Entre-temps, la direction de l'usine a tenté d'intimider les salariés en diffusant des informations selon lesquelles la grève conduirait à la faillite de l'usine et qu'il faudrait la délocaliser en Roumanie. Le personnel d'encadrement a cru à cette polémique, qui a trouvé son dénouement le 24 novembre. Une centaine d'entre eux ont attaqué les grévistes devant le bâtiment de l'usine. La direction de l'usine n'a pas réagi. À la suite de cette situation, nous nous sommes réunis devant le voïvode [équivalent du gouverneur] de la région de Petite-Pologne. Des accords y ont été conclus, notamment sur le lance-ment de négociations salariales, le retrait par l'employeur de sa déci-sion de licencier les grévistes, la suspension de la grève et la création d'une équipe chargée de veiller au respect du droit du travail, de la sé-curité et de la santé au travail.
Vous êtes venus en France fin no-vembre 2025, pourquoi ?
Lors des négociations salariales, la direction de l'usine nous a caché beaucoup de choses. Nous avons demandé à plusieurs reprises des données financières. Nous n'avons reçu que des informations fragmentaires, voire aucune. Nous avons également beaucoup discuté avec les salariés. Ils ne nous ont pas caché comment ils étaient traités dans l'entreprise. Après plus de 15 heures de voyage, nous sommes arrivés en France le 26 novembre. Nous avons pu nous rassembler devant le siège de Valeo grâce à l'aide de SUD Industrie qui a déposé le rassemblement. Grâce aux aux syndicats français (SUD Industrie, CGT, FO et CFE-CGC), nous avons pu rencontrer la direction centrale. Vers 10h30, nous avons été reçus. Deux directeurs et notamment une stagiaire polonaise nous attendaient à la porte. Au début, l'atmosphère était tendue, mais les discussions se sont déroulées dans le calme.Nous y avons abordé les problèmes clés suivants : salaires trop bas, traite-ment inégal par rapport aux autres usines Valeo en Pologne, mauvaises conditions de santé et de sécurité, non-respect du droit du travail, pression et mauvais traitement des employés par la direction, manque de soutien de la part des supérieurs hiérarchiques, manque de transparence de la part de la direction en Pologne, manque de prise en compte de l'ancienneté, favoritisme parmi les employés, le recours massif à une main-d'œuvre dite bon marché provenant d'Afrique et d'Asie, au détriment des travailleurs vivant en Pologne. La salariée qui a présenté toute cette situation racon-tait cela les larmes aux yeux. Nous avons eu l'impression que la direc-tion française ne savait pas où por-ter son regard en l'écoutant. Les syndicats français ont déclaré que de telles situations ne devraient pas se produire et qu'il était plus ren-table d'investir dans des salariés expérimentés. Le directeur a dit avoir pris en compte nos revendica-tions et s’est engagé à agir.
Comment se sont déroulées les discussions à la préfecture ?
Le 8 décembre, les représentants des salariés ont rencontré l'employeur en présence du gouverneur, du maire et du préfet. Dès le début, l'attitude de la direction de l'usine a posé problème. Elle ne nous a pas communiqué toutes les données financières que nous avions demandées. La réunion a duré plus de deux heures, mais la direction n'a présenté aucune offre concrète valable. Nous sentions bien que pour elle, nous devrions travailler pour un salaire de misère, afin que Valeo puisse générer le plus possible de profits exportés en France, au détriment des salariés. Or, le coût de la vie en Pologne ne cesse d’augmenter. Pour conclure, "Août ’80" souligne qu'il est ouvert au dialogue, mais qu'il attend une transparence totale et une approche sérieuse en matière de rémunération et de conditions de travail. L'objectif du syndicat est d'obtenir un salaire équitable, la sécurité et le respect pour tous les salariés de Valeo à Chrzanów.
Sierpoen'80 : http://www.wzz.org.pl/
SUD Industrie : http://www.sudindustrie.org/
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Le 23 décembre 2025, en présence du vice-voïevode [vice-gouverneur] de la région Malopolska [Pétite Pologne] M. Ryszard Smialek, du maire de Chrzanów Robert Maciaszek, du président du district de Chrzanów [staroste] Bartlomiej Gebala et du représentant du Conseil régional du dialogue social Maichal Akszak-Okinczyc, un accord a été signé
par les syndicats :
• WZZ Sierpien 80 à Valeo Autosystemy Sp z o.o, département Valeo Lighting Systems à Chrzanów, représenté par Katarzyna Jamróz et Rafal Jedwabny
ainsi que
• l'organisation d'entreprise du NSZZ Solidarnosc à Valeo Autosystemy Sp z o.o représenté par Sebastian Pajak
et l'entrepreneur Valeo Autosystemy Sp z o.o, département Valeo Lighting Systems représenté par Maria Langier, directrice des ressources humaines et Pawel Pluzek, directeur de l'entreprise par intérim.
Cet accord stipule :
1. Les travailleurs de la production de Valeo Lighting Systems à Chrzanów dont le stage du travail le 1er mars 2026 sera inférieur à 12 mois vont recevoir une augmentation du salaire de base brut de 370 zlotys [87,84 €]. Pour ce groupe ce sera l'unique augmentation en 2026. Elle sera réduite par le montant de l'augmentation du salaire minimum au janvier 2026.
2. Les travailleurs de la production de Valeo Lighting Systems à Chrzanów dont le stage du travail le 1er mars 2026 sera entre 12 mois et 5 ans vont recevoir une augmentation du salaire de base brut :
• de 280 zlotys [66,47€] brut à partir du 1 mars 2026, idépendammemnt de l'augmentation du salaire minimum du 1 janvier 2026
• et de de 280 zlotys [66,47€] brut à partir du 1 septembre 2026.
3. Les travailleurs de la production de Valeo Lighting Systems à Chrzanów dont le stage du travail le 1er mars 2026 sera d'au moins 5 ans vont recevoir une augmentation du salaire de base brut :
• de 400 zlotys [94,96€] brut à partir du 1 mars 2026, idépendammemnt de l'augmentation du salaire minimum du 1 janvier 2026
• et de de 380 zlotys [90,22€] brut à partir du 1 septembre 2026.
4. La seconde partie de l'augmentation salariale de ces deux groupes a pour but de rapprocher les salaires à Chrzanów des salaires d'autres entreprises de valeo en Pologne.
5. À partir du 1 janvier 2026 le supplément salarial pour le travail en quatre brigades sera de 340 zlotys [80,72€] brut et, à partir du 1 septembre de 400 zlorts [94,96€] brut.
6. L'augmentation concerne les salariés ayant un contrat de travail et n'étant pas en cours de préavis le jour de l'augmentation.
7. L'employeur ne tiendra pas pour responsables ni les employés ni les syndicats Sierpien 80 et Solidarnosc (dans le domaine de responsabilité disciplinaire, financière et juridique) et ne va pas entreprendre aucune sorte de mesures visant à rendre les employés ou les syndicats responsables des coûts du blocage de l'entreprise.
8. Les parties s'engagent à créer une équipe sociale chargée de superviser le respect des règles en matière de santé et de sécurité au travail, du droit du travail et des règles de cohabitation sociale, composée des représentants des deux syndicats agissant à Chrzanów, de l'ispecteur social du travail dans l'entreprise, de l'employeur et du Conseil régional du dialogue social. L'équipe commencera son activité le 1 janvier 2026 et enverra chaque mois des rapports au vice-gouverneur de la région de Malopolska.
9. Les parties vont négocier l'actualisation du tableau des salaires minimum pour les différents postes du travail et vont l'introduire dans le reglement des salaires.
10. Les parties s'engagent à actualiser le reglement du ZFSS [Fonds des aides sociels de l'entreprise] de manière à ce que les prestations au titre des "wczasy pod grusza" [vacances réfinansés en partie par l'employeur à partir du fonds social] ne dépendent pas des congés payés.
11. L'employeur s'engage à introduire dans le réglement des primes des dispositions définissant les règles des objectifs à atteindre pour chaque critère.
Et encore deux points formalisant la fin du conflit en cours et spécifiant que l'accord existe en 7 exemplaires dont le texte ne peut être modifié. Et suivent 4 signatures…

