Un accord intersyndical historique place la défense des salaires au cœur de la lutte des travailleurs.
CNCTL
Dans un geste d'une profonde portée politique, sociale et professionnelle, plus d'une cinquantaine d'organisations syndicales, professionnelles et sociales du Venezuela, diverses sur le plan idéologique et politique, ont signé un accord national unitaire qui marque un tournant historique en mettant fin à la fragmentation imposée au mouvement des travailleurs et travailleuse, et en plaçant l'unité de classe au-dessus des différences, en réponse collective à l'appauvrissement généralisé, la répression et la criminalisation de la contestation, et comme expression ferme de la lutte pour le rétablissement des salaires, des retraites, de la liberté syndicale et des droits du travail systématiquement bafoués par l'État vénézuélien.
Salaires et retraites de misère
L'axe central de l'accord unitaire est la lutte pour le rétablissement des salaires et des retraites, dévastés par des politiques anti-travailleurs qui ont détruit les revenus des travailleurs.ses actifs et actives, retraité.es et pensionné.es, du secteur public et privé, en remplaçant le salaire constitutionnel par des primes discrétionnaires sans incidence sur les droits du travail ni la sécurité sociale, en violation flagrante de l'article 91 de la Constitution et de la loi organique sur le travail, condamnant des millions de familles à la précarité tandis que le discours officiel occulte cette réalité avec des discours sur la croissance économique qui ne profite pas aux travailleurs et travailleuses.
Lois antisyndicales et destruction des acquis historiques
L'accord désigne comme directement responsables de cette situation des instruments tels que la loi anti-blocus, les zones économiques spéciales, le mémorandum 2792 et les instructions de l'ONAPRE, qui ont permis l'évasion des droits, l'externalisation et la suspension des conventions collectives, favorisant ainsi les intérêts patronaux tant dans le secteur public que privé.
Ces mesures ont pulvérisé la négociation collective et laissé les travailleurs et travailleuses sans protection juridique effective face aux abus de l'État-employeur.
Répression, criminalisation et atteinte à la liberté syndicale
Un autre élément de l'accord est la défense sans restriction de la liberté syndicale, considérée comme un droit humain fondamental. Les organisations dénoncent une politique systématique de persécution policière et judiciaire, d'intervention dans les syndicats, d'emprisonnement des dirigeants syndicaux, de déni du droit de grève et de criminalisation des manifestations syndicales, en violation des conventions 87 et 98 de l'OIT.
Dans ce contexte, l'accord exige la libération totale de tous les syndicalistes emprisonnés, poursuivis en justice ou disparus, réaffirmant que la lutte syndicale n'est pas un délit et que sans liberté syndicale, il ne peut y avoir de véritable démocratie.
Une unité plutielle pour reconstruire la valeur travail
L'accord repose sur le principe de l'unité dans la diversité, dans le respect de l'autonomie, de la pluralité idéologique et de l'indépendance de chaque organisation. Loin d'imposer des structures, les centrales et les syndicats signataires s'engagent à maintenir une instance unitaire, plurielle et représentative, destinée à coordonner des actions communes et à assurer un suivi efficace des engagements pris.
L'unité, soulignent-ils, n'est pas conjoncturelle, mais constitue une réponse éthique à la faim, aux inégalités et au déni des droits qui frappent la classe ouvrière.
Des engagements concrets envers les travailleurs
Parmi les engagements pris, il convient de souligner la lutte pour un salaire et une pension qui couvrent les besoins vitaux, la restitution de la valeur réelle des prestations sociales, le paiement de la dette historique accumulée, la réactivation complète des conventions collectives, l'abrogation des lois antisyndicales et la garantie de conditions de travail dignes pour tous les secteurs, y compris les travailleurs informels, qui constituent aujourd'hui la majorité dans le pays.
De même, les organisations s'engagent à dénoncer ces violations devant les instances internationales et à mener une vaste campagne nationale d'organisation, de communication et de mobilisation syndicale.
Annonce d'une grande mobilisation nationale le 15 janvier 2026
Comme expression concrète de ce nouveau moment d'unité, l'accord annonce une grande journée nationale de mobilisation le 15 janvier 2026, dans le cadre de la Journée des enseignants, appelant tous les travailleurs actifs, retraités et pensionnés, du secteur public et privé, à lutter pour le rétablissement des salaires, des pensions et des revendications sociales.
L'unité pour récupérer ce qui a été pris
Cet accord se termine par une définition claire de ce moment historique : ce qui a été pris à la classe ouvrière ne sera pas récupéré par le silence ou la résignation, mais par l'unité, l'organisation et la lutte. En affirmant que le salaire n'est pas un chiffre mais une question de vie, de dignité et de justice sociale, les organisations signataires font de cet engagement une feuille de route pour la reconquête des droits du travail, en précisant clairement qu'il ne s'agit pas d'une déclaration rhétorique, mais d'un accord de combat, de défense de la vie et d'unité historique, par lequel le mouvement syndical vénézuélien annonce qu'il est prêt à affronter la misère et la répression pour récupérer ce qui appartient légitimement à ceux qui soutiennent le pays par leur travail.
Soutien pluraliste
L'Accord national unitaire bénéficie du soutien des principales organisations syndicales, professionnelles et sociales du pays, parmi lesquelles les centrales historiques suivantes : Confédération des travailleurs du Venezuela (CTV), Centrale unitaire des travailleurs du Venezuela (CUTV), Union nationale des travailleurs (UNETE), la Confédération des syndicats autonomes du Venezuela (CODESA), la Centrale des travailleurs Alliance syndicale indépendante (ASI) et la Confédération générale des travailleurs (CGT), ainsi que des organisations emblématiques du secteur universitaire, éducatif et de la santé telles que l'APUCV, le SINATRAUCV, FETRASUV, l'Ordre des infirmiers du district capital, APROUPEL-Maracay, SINDITEBA-FENATEV Barinas, la Coalition des enseignants de l'État de Sucre, le Mouvement des éducateurs Simón Rodríguez, REDEDUCADORES et le Mouvement des éducateurs unis pour le Venezuela ; ainsi que des expressions de lutte régionale telles que l'Union nationale d'action sociale, syndicale et professionnelle de Zulia (UNASSG), l'Alliance sociale des travailleurs d'Aragua (ASTA), le Syndicat bolivarien des employés de la mairie de la municipalité de Páez de l'État de Portuguesa, le Mouvement 23 BAUXILU, la Fédération unitaire des syndicats bolivariens de l'État de Carabobo (FUSBEC) et des espaces syndicaux unitaires tels que le Comité national de conflit des travailleurs en lutte (CNCTL), entre autres, dont la convergence plurielle confirme que cet accord n'est ni partiel ni sectoriel, mais constitue une référence nationale d'unité et d'engagement de la classe ouvrière vénézuélienne pour la défense des salaires, des retraites, de la liberté syndicale et des droits du travail.

