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La délégation de la coordination du Réseau au Venezuela
Vénézuéla

La délégation de la coordination du Réseau au Venezuela

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Le Réseau

L’Union syndicale Solidaires participe, avec la CSP Conlutas, à la délégation de la coordination du Réseau syndical international de solidarité et de luttes qui s’est rendue, à la demande de nos camarades du Comité Nacional de Conflictos de los Trabajadores en Lucha (Comité national de conflit des travailleurs-ses en lutte - CNCTL)  au Vénézuéla du 29 juillet au 2 août 2026.

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Le Comité Nacional de Conflictos de los Trabajadores en Lucha est constitué de 200 organisations qui se reconnaissent dans un syndicalisme indépendant des gouvernements, des patrons et des partis politiques. Le CNCTL se propose, depuis 3 ans, d’organiser des mobilisations qui permettent de meilleures conditions de travail, et plus largement de vie, aux travailleurs et travailleuses au Vénézuéla. La prise de décisions se fait au consensus, sans vote qui opposerait une majorité à une minorité, mais bien dans la construction d’un consensus afin de respecter la pluralité des organisations membres. Parfois, cette recherche de consensus peut ralentir la prise de décision mais une fois prise, la décision est solide. Face à une dictature, face à un terrorisme d’état, face au broyage de tous les droits sociaux, face à des salaires entre 0,20 U$ et 3 U$, face à des conditions matérielles extrêmement sommaires, il faut être très solide pour continuer à lutter.

Tout au long de ces quatre journées, chaque rencontre organisée par nos camarades a été l’occasion de présenter le RSISL et de prendre la mesure de la situation vécue par l’ensemble des travailleurs et travailleuses au Vénézuéla, à travers les interventions des représentant-es des organisations syndicales, des tendances syndicales, du Comité pour la libération des prisonnier-es politiques.

Dans un pays où les travailleurs et travailleuses vivent sous le seuil de pauvreté depuis plusieurs années, se limitant à un seul repas par jour, le double tremblement de terre du 24 juin, a été un nouveau traumatisme collectif dont le bilan est effroyable : 5 398 corps retrouvés, 16 740 blessé-es mais encore 50 000 disparu-es. Cette tragédie met en exergue la réalité d’un pays dévasté par une dictature structurée autour d’une « boli-burguesia[1] » qui pille les richesses du pays, en accord aujourd’hui avec l’administration Trump et d’autres puissances étrangères.

Le premier jour, nos camarades nous ont accompagné-es à La Guaira, épicentre du sinistre, où le paysage évoque celui d’un territoire bombardé avec un déploiement militaire de contrôle et pression sur la population afin d’écraser toute mobilisation. Les survivant-es, sans autres option que de rester sur La Guaira, ont été hébergé-es sous des centaines de tentes et différents barnums étiquetés Caritas, République de Chine, Samaritan’s Purse ou encore World Central Kitchen. Le gouvernement a mis 72 heures avant d’intervenir ! C’est pourquoi le sauvetage et la prise en charge des survivant-es ont été effectués exclusivement grâce à la mobilisation et la solidarité populaires.  Les syndicats ont joué et jouent encore un rôle crucial dans la collecte de médicaments, des habits, des aliments pour les sinistré-es.  Parmi ces organisations syndicales, celle de l’école des infirmières, membre du CNC-TL, que nous avons rencontrée est la pierre angulaire de cette solidarité et auto-organisation vitales de la population.

Les décombres sont jetés directement dans la mer avec toutes les conséquences environnementales imaginables.

Le lendemain, le CNC-TL a organisé dans les locaux de la Confederación de Trabajadores de Venezuela (Confédération des Travailleurs-ses du Vénézuéla - CTV) la rencontre officielle avec la délégation de la coordination du RSISL. 26 organisations syndicales y étaient représentées par 58 camarades. D’abord, nous avons présenté brièvement le RSISL, l’histoire de sa structuration, son fonctionnement et les actions concrètes menées.  Puis, l’intervention de chaque organisation nous a permis de comprendre le fonctionnement par consensus du CNC-TL, de constater sa forte implantation dans les luttes sociales, sa nature plurielle et d’avoir une analyse politique de la situation avec une grille de lecture de notre classe sociale. 

Le jour suivant, toujours dans les locaux de la CTV , le CNC-TL a convoqué une conférence de presse autour de notre délégation à laquelle 5 médias vénézuéliens et l’ONG Provea étaient présents[2].

Après la conférence de presse, 3 ancien-nes prisonnier-es politiques sont intervenu-es au nom du Comité por la Libertad de los Presos Políticos de Venezuela  (Comité pour la libération des prisonnier-es politiques – CLIPPVE), apportant leurs témoignages et analyses de la répression au Vénézuéla. Ils et elle l'ont qualifiée, exemples à l'appui, de "terrorisme d'état".  Le Comité pour la libération des prisonnier-es politiques en compte encore au moins 500.

Puis, à la fin de la journée nous avons échangé avec plusieurs organisations syndicales membres du Comité Nacional de Conflictos, dont la Central Unitaria de los Trabajadores de Venezuela (Confédération unitaire des travailleurs-ses du Vénézuéla - CUTV), affiliée à la Fédération Syndicale Mondiale .

Le dernier jour, la Coordinadora de Lucha de l@s trajador@s del estado de Anzoategui (Coordination de lutte des travailleurs et travailleuses de l’état d’Anzoategui), membre du Comité Nacional de Conflictos, a organisé, dans la ville de Barcelona, au nord-ouest de Caracas, une réunion à laquelle 12 organisations syndicales représentées par 36 camarades ont participé.  A nouveau, cette réunion a permis de présenter le RSISL mais surtout d’apprendre plus encore, à travers les interventions des camarades, sur la situation sociale et politique dans le principal état industriel et producteur de pétrole du pays.

Les camarades David et Bodas, coordonnateurs du Comité Nacional de Conflictos dans l'état de Anzoategui et organisateurs de la réunion, avaient participé avec Dick, à la 6ème rencontre du Réseau syndical international de solidarité et de luttes, en Italie, en novembre 2025.

Les interventions des camarades ont mis en lumière plusieurs dimensions centrales de la situation sociale au Vénézuéla: des exemples concrets, du vécu individuel et collectif qui permettent de saisir à quel point la situation est difficile pour la classe ouvrière vénézuélienne.

La casse du droit du travailLa grève est interdite. La journée de travail est passée de 8h à 12h sans aucune compensation ; de même pour le travail le dimanche : plus de compensation. Les heures supplémentaires ne sont pas majorées. Le gouvernement s’est plié à toutes les demandes de la FEDECAMARA, l’organisation patronale du pays. Les camarades affirment que les conditions de travail, aujourd’hui, s’apparentent à une légalisation de l’esclavage.

Le revenu des travailleurs et travailleusesTous les salarié-es du public et du privé reçoivent un salaire mensuel entre 0,20 U$ et 3 U$ selon le secteur professionnel avec une inflation  depuis janvier de  544,1 % . Avec ce salaire dérisoire, chaque salarié-e reçoit  une « prime » mensuelle en U$ dont le montant varie entre 120 et 300 selon le secteur d’activité. Le gouvernement attribue également des colis alimentaires aux plus démuni-es. Une partie très importante de la population dépend des envois d’argent des membres de leur famille à l’étranger. Au Vénézuéla, le panier de consommation de base pour une famille de 4 personnes est autour de 745 U$.

Le contrôle de l’armée sur les entreprises du secteur industrielLes hauts dignitaires de l’armée contrôlent tout le secteur industriel que ce soit l’exploitation pétrolière, minière ainsi que la métallurgie. Ils ont le monopole de la manne financière du pays et exercent à travers la présence de soldats dans les usines une pression constante sur les travailleurs et travailleuses.

La répressionLe déploiement militaire et policier est absolu dans les rues de Caracas et les routes du pays.  Tout-es les militant-es avec lesquel-les nous avons échangé , ont été cible de répression directe ou indirecte. Aujourd’hui le Comité de Familiares y Amigos por la Libertad de los Presos Políticos (Comité des familles et ami-es pour la liberté des prisonnier-es politiques) recense encore plus de 500 prisonnier-es politiques dont 76 femmes, 20 personnes âgé-es et 49 malades dans un état grave[3]. Après le 3 janvier, le gouvernement du Vénézuéla a annoncé au monde entier une amnistie pour les prisonnier-es politiques, mais il s’agit en réalité d’une libération conditionnelle très restrictive et discriminatoire, puisque les « libéré-es » n’ont ni le droit de travailler, ni celui de se déplacer.

 

Toutes les vidéos et photos de la délégation à voir ICI.

 

[1] Boli-burguesia : la bourgeoisie bolivarienne est le nom donné à la classe aujourd’hui dominante issue de la bureaucratie du gouvernement dit « bolivariano » de Chavez puis de Maduro.

[2] Voir par exemple https://x.com/_Provea/status/2083203079273369966 et https://m.x.com/contrapuntovzla/status/2083240640968581235/photo/1?launch_app_store=true&ct=engagement_view_media

 [3] Clippve

 

 

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