laboursolidarity.org
Entre la catastrophe et l'indifférence
Venezuela

Entre la catastrophe et l'indifférence

La réponse populaire et les revendications des travailleurs

  • Facebook
  • Twitter

CNCTL

Nous, Vénézuéliens, traversons l'une des périodes les plus amères et les plus sombres de ces derniers temps. Une nature déchaînée a apporté la mort, la destruction et la désolation, en particulier aux habitants de La Guaira et de la région de la capitale. À l'immense force de la nature se sont ajoutés plusieurs facteurs qui ont rendu les conséquences des secousses sismiques encore plus graves. Les milliers de morts, les nombreuses personnes disparues et les habitations détruites ont mis en évidence les défaillances des constructions ainsi que le non-respect des avertissements que les experts en sismologie lancent depuis des décennies. La recherche excessive du profit et des gains rapides par les investisseurs a été privilégiée au détriment de la protection de la vie humaine. De même, la corruption au sein des organismes publics compétents est apparue au grand jour à travers l'octroi irrégulier de permis de construction et d'habitation.

Cependant, ce que nous avons tous observé avec stupeur, douleur et indignation, c'est l'attitude indifférente et inhumaine, les retards et l'inaction dont ont fait preuve les institutions gouvernementales — pour ne pas dire l'État dans son ensemble. Aux moments les plus critiques — une urgence qui, près d'un mois après les séismes, perdure encore — les organes du gouvernement, les Forces armées et les services de Protection civile, entre autres, se sont illustrés par leur absence. Ce sont pourtant ces institutions qui avaient la responsabilité d'agir rapidement, avec compétence et avec les moyens nécessaires pour sauver des vies. Les citoyens ont pris en charge — et continuent de prendre en charge — le sauvetage des personnes ainsi que l'assistance aux victimes et aux sinistrés, sans disposer des conditions ni des outils indispensables. La participation des équipes de secours, ajoutée à la généreuse solidarité d'autres nations, a permis d'atténuer les conséquences de la défaillance d'un gouvernement qui a fini par devenir un obstacle à l'action urgente qu'exigeait l'ampleur de la catastrophe.

Nous, travailleurs, syndicalistes et représentants des organisations professionnelles réunis au sein du Comité national de conflit des travailleurs en lutte (CNC-TL), avons momentanément suspendu nos luttes pour le respect des droits des travailleurs afin de participer aux opérations de sauvetage, d'assistance et de solidarité. Nous avons apporté notre soutien dans les centres de collecte, auprès des personnes sinistrées et dans l'accompagnement face à une telle désolation, sans oublier que nombre de nos camarades ont eux-mêmes été directement frappés par cette catastrophe, subissant la perte de proches et la destruction de leurs foyers.

Cependant, il nous appartient désormais d'intensifier notre mobilisation pour la défense des salaires, des pensions, de la sécurité sociale et des conditions de santé au travail. Ces efforts sont directement liés à la lutte pour la vie et à la reconstruction de notre société, non seulement pour faire face aux ravages causés par les séismes, mais aussi pour répondre à la destruction de nos industries, de notre système éducatif et de notre système de santé publique, ainsi qu'à la dégradation des services essentiels tels que l'eau, l'électricité et les transports.

Le processus de reconstruction de notre vie sociale passe nécessairement par la lutte contre les intentions néfastes des investisseurs — nationaux comme étrangers — qui souhaitent que les travailleurs continuent d'assumer les plus lourds sacrifices face à la crise. En invoquant l'urgence humanitaire, ils cherchent à légaliser la disparition des salaires et la perte des droits déjà gravement atteints à la sécurité sociale, à la négociation collective, à la liberté syndicale et à des pensions conformes aux normes constitutionnelles et légales.

À cette tragédie provoquée par les forces incontrôlables de la nature s'ajoute l'aggravation des problèmes économiques et sociaux : l'augmentation incessante du coût de la vie, la perte progressive du pouvoir d'achat et la disparition presque totale du système public de santé. Comme si cela ne suffisait pas, le patronat, en étroite alliance avec ce gouvernement anti-populaire, entend profiter de cette conjoncture particulièrement difficile pour modifier les lois qui protègent le travail.

Enfin, sans que cela soit moins important, nous continuons à subir un gouvernement qui, en plus de manquer de légitimité constitutionnelle, de légitimité juridique et de soutien populaire, a honteusement livré notre souveraineté aux desseins d'un gouvernement étranger qui ne défend que ses propres intérêts économiques et ne manifeste aucun intérêt à ouvrir la voie aux changements démocratiques et aux libertés que notre population réclame avec force.

Jamais le dicton populaire n'a été aussi juste qu'aujourd'hui :

« Seul le peuple sauve le peuple. »

C'est pourquoi nous appelons l'ensemble du peuple — travailleurs, paysans, professionnels, universitaires, pensionnés et retraités — à renforcer l'unité et la solidarité démontrées dans ces circonstances tragiques. Consolidons nos organisations de lutte : syndicats, organisations professionnelles, ordres professionnels, académies, fédérations étudiantes et conseils communaux.

Faisons de la solidarité une pratique organique et permanente afin d'affronter ensemble les calamités économiques, sociales et culturelles.

Nous luttons pour la vie !

Salaires, démocratie et liberté !

Comité national de conflit des travailleurs en lutte

Caracas, le 23 juillet 2026

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Instagram