Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes


samedi, 22 janvier 2022

 
 

 

Pour les travailleur·euses de Birmanie, un autre problème se pose : les abus des patrons

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Au Myanmar (Birmanie), les directeurs d’usine suppriment les droits des travailleurs. Les heures supplémentaires obligatoires et les retards de paiement des salaires sont devenus monnaie courante depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021, qui a renversé le gouvernement civil du pays.

Une ouvrière d’une usine de vêtements appartenant à des étrangers à Yangon a déclaré à RFA qu’elle travaillait désormais 11 heures par jour mais qu’elle n’était pas payée pour les heures supplémentaires. Les dirigeants ont désormais « pris le dessus » dans leurs relations avec les employé·es, a-t-elle ajouté.

« Ils vous donneront le paiement des heures supplémentaires, ou peut-être pas. C’est le genre de situation dans laquelle nous nous trouvons », a déclaré Hnin Hnin. « Une journée de travail typique est de huit heures, et si nous travaillons pendant 10 heures, ces deux heures supplémentaires devraient être des heures supplémentaires. Mais ils ne le donneront que si le quota de production est atteint, et si un morceau de tissu tombe sur le sol, le prix de ce tissu est déduit de nos salaires », dit-elle.

Environ 8 000 travailleur·euses sont employés dans son usine, et presque tous et toutes sont confronté·es à la même situation, a-t-elle déclaré.

Otto - ouvrier dans une fabrique de pulls dans le canton de Hlaing Tharyar, dans la région de Yangon - a déclaré à RFA qu’il n’avait toujours pas reçu les salaires qui lui étaient dus pour dix mois de travail après la fermeture de son usine en raison de la pandémie de COVID-19 dans le pays.

« Nous avons demandé notre salaire, et ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas payer. Puis nous avons demandé la moitié de cette somme, et ils n’ont toujours pas voulu payer », a-t-il déclaré. « Plus tard, nous avons fait appel à l’Office du travail pour un arbitrage, et ils ont décidé que je devais recevoir 50 000 kyats [25 euross] pour chacun des cinq mois pendant lesquels j’avais travaillé. »

L’usine a ensuite rouvert ses portes pendant un mois, puis les a refermées pendant trois mois, a-t-il précisé.

« Les 50 000 kyats par mois accordés par le ministère du Travail ne suffisent pas à couvrir notre coût de la vie, car la nourriture et le logement seuls coûtent environ 70 000 kyats par mois. Mais comme l’Office du travail a déjà fixé ce taux, nous ne savons pas quoi faire », a-t-il déclaré.

Khine Zar Aung, présidente de la Fédération des travailleur·eusesde l’industrie du Myanmar, a déclaré avoir reçu au moins 50 plaintes concernant des violations des droits qui peuvent être transmises en vue d’un procès.

« La plupart de ces cas sont dans le secteur de l’habillement, et bien que nous puissions aider les cas dans les secteurs de l’habillement et de la chaussure, nous ne pouvons pas aider ceux qui ne travaillent pas pour des marques internationales », a-t-elle déclaré. « Il n’y a pas d’État de droit ici, donc il y a des cas où les droits sont gravement violés, et nous ne pouvons absolument rien y faire. »

Environ 40 000 travailleur·euses du secteur de l’habillement sont actuellement sans emploi au Myanmar à la suite du coup d’État du 1er février, mais les militaires ont arrêté des membres de syndicats et d’autres organisations de travailleur·euses dans le pays, ce qui rend difficile l’organisation d’une défense juridique.

Le ministère du Travail du Myanmar a démenti les informations selon lesquelles les travailleur·euses ne recevraient pas le salaire minimum légal, mais les travailleur·euses de l’industrie de l’habillement affirment que la plupart d’entre eux et elles ne reçoivent pas le salaire complet, ni le paiement des heures supplémentaires, ni les indemnités de licenciement lorsqu’ils et elles doivent quitter leur emploi.

Dans son rapport sur les droits des travailleur·eusesl’année précédant le coup d’État, le département d’État américain a noté « des rapports sur des employeurs s’engageant dans des formes de discrimination antisyndicale », y compris des licenciements ou d’autres formes de représailles contre les travailleur·euses qui ont formé ou rejoint des syndicats.

« Les syndicats ont signalé des cas dans lesquels des poursuites pénales ont été engagées contre des travailleur·euses pour avoir exercé leur droit de grève, et des membres de syndicats ont été arrêtés et accusés d’avoir violé les lois sur les réunions pacifiques lors de manifestations concernant les droits du travail en général », indique le rapport 2020 de l’agence américaine sur les pratiques en matière de droits de l’homme.

Radio Free Asia
Traduction Patrick Le Tréhondat