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jeudi, 2 décembre 2021

 
 

 

Les réformateurs prennent la direction du syndicat des Teamsters américains

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Une nouvelle direction prendra bientôt la tête du syndicat des Teamsters, qui compte 1,3 million de membres. Bien que les bulletins de vote soient encore en cours de dépouillement, la liste Teamsters United a déjà remporté plus qu’assez de voix pour s’assurer une victoire. Dans les trois premières régions dépouillées, la liste a remporté une victoire écrasante, avec plus de 70 % des voix.

C’est la première fois en près d’un quart de siècle qu’une coalition soutenue par Teamsters for a Democratic Union [tendance syndicale de gauche] prend la tête du syndicat.

Le nouveau président est Sean O’Brien, responsable du New England Joint Council 10. Il a déclaré que ses principales priorités sont d’unir la base pour s’attaquer aux employeurs, de syndiquer Amazon et d’autres sociétés dans les principales industries, et de retirer le soutien aux politiciens qui ne répondent pas aux demandes des syndicats.

Selon M. O’Brien, l’obtention de conventions collectives correctes pour les Teamsters est essentielle à la syndicalisation chez Amazon ou ailleurs. « Notre principal argument auprès des membres potentiels est de montrer noir sur blanc ce qu’une convention syndicale peut faire », a-t-il déclaré. « Nous devons mener une campagne à la base pour mobiliser nos membres qui travaillent dans des industries similaires et montrer ce que les Teamsters peuvent faire - et cela signifie négocier des conventions solides auxquels les gens veulent participer. »

Dans les négociations avec UPS en 2023, dit-il, le syndicat doit abolir le deuxième niveau de conducteurs, augmenter le salaire de départ des travailleurs à temps partiel de 14 à 20 dollars de l’heure, et lutter contre la sous-traitance et les livraisons de type Uber par des « conducteurs avec véhicules personnels ». Lui et ses colistiers se sont engagés à faire la grève à UPS si nécessaire.

Il y a cinq ans, O’Brien a remporté un poste de vice-président de la région Est sur la liste du président sortant James P. Hoffa, qui prend sa retraite cette année. Mais en 2017, Hoffa l’a licencié en tant que directeur de la division des colis après qu’O’Brien ait insisté pour que l’équipe de négociation d’UPS comprenne le leader de l’opposition Fred Zuckerman, président de la section 89 de Louisville, qui avait mené la campagne de 2016 de Teamsters United qui a presque renversé Hoffa. Zuckerman occupera désormais le siège de secrétaire-trésorier numéro deux.

Au moment où nous mettions sous presse, Teamsters United était en passe d’obtenir une majorité de contrôle au sein du conseil exécutif international du syndicat, qui compte 27 sièges.

Vague de fureur
Les challengers ont profité d’une vague de colère contre les concessions et les mauvaises conventions collectives, en particulier chez UPS, le plus important dossier de négociation du syndicat, où TDU et d’autres partisans de Teamsters United avaient fait campagne pour un vote négatif sur une convention collective qui créait un deuxième niveau de conducteurs moins bien payés. Après qu’une majorité ait voté non, Hoffa a quand même fait passer l’accord. La demande de TDU d’abroger la « règle des deux tiers » qui lui permettait de le faire est devenue un enjeu de campagne ; les réformateurs ont obtenu gain de cause lors du congrès de cette année.

Entre-temps, les chauffeurs UPS ont vécu les conséquences de ce mauvais accord : des salaires à deux vitesses et cinq autres années d’heures supplémentaires forcées et de harcèlement de la part des superviseurs. « partout où nous sommes allés pendant la campagne, c’est ce sujet qui rendait tout le monde furieux », a déclaré Eugene Braswell, chauffeur UPS de la section 804 de la ville de New York et membre du comité directeur de TDU, qui a fait campagne pour Teamsters United à Baltimore, au New Jersey et à Philadelphie.

La liste Teamster Power soutenue par Hoffa n’a jamais cessé d’insister sur le fait que la convention était bonne. Les Teamsters d’UPS n’étaient évidemment pas d’accord : dans les principales sections locales d’UPS à Atlanta, Dallas, Chicago, Louisville et New York, ils ont voté à 80 ou 95 % pour O’Brien.

Maintenant, la partie difficile commence
Il a fallu des années d’organisation pour en arriver là. Mais la tâche la plus importante est ce qui va suivre - ne pas se contenter de signaler les problèmes auxquels le syndicat est confronté, mais s’y attaquer.

« Nous devons redresser le navire », a déclaré John Palmer, actuel vice-président de la région Sud qui deviendra vice-président du syndicat. (En 2016, Teamsters United a remporté la victoire dans deux régions, donnant à la coalition six sièges au conseil exécutif du syndicat). « Il faut beaucoup, beaucoup de miles pour faire tourner un cuirassé au milieu de l’océan, et c’est ce que nous devons faire ici. »

« Si vous voulez du changement, vous devez changer », a déclaré le délégué syndical de la section 572, Frank Halstead, un employé d’un entrepôt d’épicerie de Los Angeles et membre du comité directeur du TDU. « La structure détermine l’efficacité. Ils vont devoir réaffecter de l’argent ».

Par exemple, plutôt que de continuer à gonfler les salaires des permanents syndicaux avec des titres multiples, il veut que le syndicat engage des représentants énergiques à temps plein qui peuvent aider les sections locales d’un même secteur à élaborer une stratégie pour coordonner leurs négociations, relever les ambitions et lutter contre des menaces comme l’automatisation.

« Sous l’administration actuelle, il n’y a pas de représentants de division d’entrepôt à temps plein », a déclaré Halstead. « Vous avez des responsables de certaines sections locales qui portent ce titre, mais ils ne peuvent pas faire deux métiers ; vous ne pouvez pas être permanent dans une section locale et représentant de division. C’est le genre de choses qui doit cesser. »

Le secteur « organisation » a également besoin d’être restructuré, a déclaré Palmer, qui y a travaillé pendant des années. « Nous gaspillons énormément d’argent en faisant voyager des permanents dans tout le pays », a-t-il déclaré. « Ce temps et ces ressources pourraient nous permettre de former des gens hors des sections locales pour faire cela. Nous devons avoir cette compétence sur le terrain partout ; nous n’avons pas besoin d’un grand nombre de spécialistes envoyés par avion de Washington. qui disparaissent dès qu’une campagne est terminée. »

Grève d’UPS en 2023 ?
Le mois d’août 2023, date d’expiration de la convention UPS, n’est pas aussi éloigné qu’il n’y paraît. « Une campagne contractuelle doit fondamentalement commencer dès le premier jour », a déclaré le coordinateur de la campagne de Chicago, Dave Bernt, un autre membre du comité directeur de TDU. « Nous devons avoir une campagne contractuelle coordonnée au niveau national pour obtenir l’engagement des membres, afin d’utiliser leur engagement comme levier dans les négociations. »

Pour que la menace de grève soit plus qu’un bluff, il faut commencer par une « communication à la base », a déclaré Bernt. Cela signifie que le siège du syndicat doit utiliser des méthodes comme les textos et les réseaux sociaux pour informer les 320 000 Teamsters d’UPS du calendrier de la lutte et des enjeux. Mais il faut parler aussi de membre à membre : « Tout comme nous avons fait campagne dans le syndicat, nous devons faire en sorte que les membres aillent aux portes des membres, parlent des problèmes et de la façon de se préparer aux négociations. Commencez à mettre de l’argent de côté ; ne faites pas d’achats importants. »

Braswell est d’accord : ll est temps d’encourager les membres à mettre de côté 20 ou 50 dollars à chaque paie, et de rendre le mot « grève « plus familier, moins effrayant. (Le syndicat dispose également d’un fonds de grève de plus de 300 millions de dollars qui n’a pas été utilisé depuis des décennies, dit O’Brien - et il compte l’utiliser).
« UPS a bénéficié d’un traitement de faveur au cours des 23 dernières années », a déclaré M. Braswell. « Ils n’ont pas eu à nous prendre au sérieux lorsque nous nous sommes présentés à la table des négociations. Cela va changer. »

Pas seulement Amazon
L’organisation d’Amazon sera une « tâche massive à long terme », a déclaré M. Palmer. « Il faudra l’aide de groupes religieux, de groupes communautaires, de groupes environnementaux et d’autres syndicats. Nous devons avoir une stratégie vraiment profonde et bien pensée. »

Mais d’autres cibles sont plus proches : les industries et les entreprises où les Teamsters représentent déjà une partie de la main-d’œuvre, et pourraient gagner en influence en organisant davantage.

« Dans le secteur des déchets, nous avons New York, Chicago, Los Angeles avec une densité relativement élevée », a déclaré Bernt, « mais nous avons des zones entières, notamment dans le Sud, où nous ne représentons pratiquement aucun travailleur du secteur des déchets, [même s’il s’agit] d’entreprises avec lesquelles nous avons déjà des conventions collectives. »

Les entrepôts d’épicerie sont un autre exemple. Les Teamsters sont présents dans certains Costcos et certains Krogers. « Pourquoi pas tous ? » dit Halstead. « Avec ces nombres vient une force accrue, des ressources accrues. On peut alors commencer à envisager de s’attaquer aux Amazon et à ces géants. »

TDU : Ici pour rester
Qu’arrive-t-il à un groupe d’opposition comme TDU lorsqu’il est en coalition avec des dirigeants ?
« C’est beaucoup moins compliqué que ce que les gens pensent », a déclaré Bernt. « Notre stratégie, je pense, restera la même. Nos objectifs sont de renforcer le pouvoir du syndicat en engageant la base dans des luttes contre les patrons. Cela a été notre objectif lorsque nous étions dans l’opposition, et cela continuera à être notre objectif alors que nous faisons partie d’une coalition qui dirige le syndicat. »

Les dirigeants de TDU soutiennent que le syndicat a besoin de plus de dirigeants issus de la base. C’est la mission de TDU de les encourager et de les former.
M. O’Brien a déclaré que la campagne avait prouvé la valeur de la coalition qui la soutient. « J’aime cette relation, et je me suis engagé à ce que nous travaillions main dans la main à l’avenir, a-t-il dit.

« TDU, Teamsters United, et tous les Teamsters vont jouer un rôle important dans l’élaboration des politiques au sein du syndicat. J’ai toujours dit aux gens - j’ai grandi en tant que catholique irlandais, et il y avait toujours des désaccords autour de la table à dîner. Mais les gens raisonnables trouveront des solutions raisonnables à des problèmes raisonnables. »

« Je suis tout simplement excité », a déclaré Braswell avant le début du décompte des voix. « Je suis à la fin de ma carrière ici. Lorsque je suis arrivé, on nous a appris que lorsque nous partions d’ici, nous devions le laisser en meilleur état que nous l’avions trouvé. J’ai toujours eu peur, à cause d’Hoffa, de quitter mon syndicat et que ce soit le bordel total. Mais je vois une lumière au bout du tunnel. À ma petite échelle, j’y ai contribué. J’ai fait ma part. J’ai laissé mon syndicat dans un meilleur état. »

Voir en ligne :
Labor Notes

18 novembre 2021

Alexandra Bradbury
Jonah Furman a contribué à la rédaction de cet article.

Traduction Patrick Le Tréhondat