Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes


dimanche, 28 novembre 2021

 
 

 

Les personnels de santé du Myanmar se cachent alors que le régime cible le mouvement de désobéissance dans les hôpitaux

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Des centaines de médecins et d’infirmières participant au mouvement de désobéissance civile (MDC) contre le régime militaire se cachent maintenant, car les autorités cherchent à les arrêter depuis la semaine dernière.

Au cours des trois semaines qui se sont écoulées depuis que les militaires ont pris le pouvoir au gouvernement démocratiquement élu, le mouvement initié par les travailleurs de la santé du Myanmar a pris de l’ampleur, des milliers de fonctionnaires de divers secteurs se joignant aux millions de manifestants anti-coup d’État dans tout le pays.

Le mouvement a interrompu ses activités dans de nombreux services gouvernementaux du Myanmar, le personnel refusant de travailler pour le régime militaire. Les dirigeants du coup d’État ont appelé à plusieurs reprises les fonctionnaires participant au MDC à reprendre le travail et ont menacé de prendre des mesures contre ceux qui ne le feraient pas.

La police et les soldats ont multiplié les tentatives d’arrestation des médecins et des fonctionnaires qui participent au mouvement ou le soutiennent. Le Dr Pyae Phyo Naing, qui travaille dans un hôpital de la région d’Ayeyarwady, dans le canton d’Ingapu, a été arrêté par la police le 11 février. Au moment de son arrestation, il soignait des patients dans sa clinique philanthropique alors que les hôpitaux publics étaient fermés ; sa famille n’a pas eu de nouvelles de lui depuis.

De nombreux autres médecins ont cependant réussi à échapper à l’arrestation.
Trois des quatre hôpitaux du canton d’Ingapu sont actuellement fermés après que les médecins ont rejoint le MDC et se sont mis en grève.

Des tentatives d’enlèvement de médecins ayant participé au MDC par des hommes et des femmes en civil, se réclamant de la police, ont également été signalées dans les régions de Mandalay, Magwe et Naypyitaw et dans l’État de Shan, mais leurs tentatives ont échoué après l’intervention des habitants locaux.

Jeudi, la police en civil a tenté d’arrêter le Dr Win Marlar Kyi, directeur adjoint du département des services médicaux de Naypyitaw dans la commune de Pobba Thiri. Mais comme ils n’ont fourni aucune raison et n’ont pas décliné leur identité, la communauté des habitants ne les a pas laissés emmener le médecin.

Un médecin de Mandalay, qui a parlé sous le couvert de l’anonymat, a déclaré à The Irrawaddy que jusqu’à présent, aucun médecin n’avait été arrêté dans cette ville, bien que la police les surveille, car ils participent tous au MDC.

Le médecin, membre de l’équipe de soutien du MDC à Mandalay, qui se cache actuellement, a déclaré que plusieurs spécialistes médicaux dispensent désormais des traitements gratuits aux patients des hôpitaux publics dans des cliniques privées.
Invité à commenter la répression du régime contre le MDC, le médecin a déclaré : « J’ose dire que plus ils [le régime militaire] exercent de pression sur nous, plus la réponse sera importante ».

Selon les médecins de l’hôpital gouvernemental de 1 000 lits de Naypyitaw, environ 150 médecins et infirmières participant au MDC ont quitté leurs logements de fonction sous la pression du directeur médical de l’hôpital, et après que plusieurs policiers et militaires aient été déployés dans l’enceinte de l’hôpital.

Le Dr Lynn Letyar, chirurgien à l’hôpital général de Lashio (500 lits) dans le nord de l’État Shan, a déclaré vendredi à The Irrawaddy que la plupart des médecins de l’hôpital étaient rentrés chez eux, craignant d’être arrêtés s’ils étaient vus en public.
Dés le départ, les médecins ont offert des soins gratuits dans leurs cliniques privées aux patients ayant un dossier médical de l’hôpital, car environ deux tiers du personnel médical de l’hôpital de Lashio se sont mis en grève par solidarité avec le MDC.
Le chirurgien, qui a été placé sous surveillance policière et se cache maintenant, a déclaré que les médecins et les infirmières continueraient le mouvement malgré les arrestations.

Vendredi dernier, à 12 heures, la police de Mandalay a perquisitionné sans mandat le domicile du professeur Dr Khin Maung Lwin, recteur de l’université de médecine de Mandalay, soupçonné de soutenir le mouvement. Cependant, la police a battu en retraite après que des résidents soient descendus dans la rue, frappant sur des casseroles et protégeant le professeur de l’arrestation.

La même nuit, la police a dû abandonner ses tentatives d’arrestation du directeur médical de l’hôpital Aunglan, dans la région de Magwe, en raison du soutien apporté par l’hôpital au mouvement de désobéissance, après que les résidents se soient immédiatement présentés devant l’hôpital.

Par Zaw Zaw Htwe 19 février 2021, L’Irrawaddy

Traduction Patrick Le Tréhondat