Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes


mercredi, 6 juillet 2022

 
 

 

Chine : les grèves dans les secteurs de la logistique et des services ne devraient pas s’arrêter

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Sur la base des tendances en cours, China Labour Bulletin (CLB) avait prévu qu’en 2021, les travailleur·euses seraient confrontés à un environnement de vie moins stable. En raison de la restructuration économique et de la concurrence entre les entreprises, les travailleur·euses continueraient à recourir aux grèves et aux actions collectives pour résoudre les conflits du travail. Ces prédictions se sont réalisées.

En 2021, la carte des grèves du CLB a enregistré 1 093 grèves de travailleur·euses, soit une augmentation de plus de 200 par rapport à 2020. Cela rapproche le total des actions des niveaux de la période avant la période d’avant la pandémie, avec 1 385 enregistrées en 2019, par exemple.

Le nombre de grèves impliquant des travailleur·euses de la logistique a augmenté rapidement par rapport à 2020, tandis que les protestations des travailleur·euses du secteur des services ont occupé une part importante de l’ensemble. Les sujets de conflit dans l’industrie des services, en pleine expansion, sont sous-estimés - comme nous l’avons constaté dans notre Calls-for-Help Map, qui dénombre les conflits individuels des travailleur·euses plutôt que les conflits collectifs -, un nombre croissant de jeunes travailleur·euses du secteur des services se sont plaint·es et ont documenté leurs conditions de travail dans les médias sociaux.

La guerre des prix entre les entreprises de livraison de colis a entraîné une baisse des salaires des coursiers. Certains travailleur·euses ont dû accepter des tarifs inférieurs à 1 yuan par commande. Les coursiers sous-payés ont déclenché des grèves lorsque leur direction a réduit leurs salaires. Pendant ce temps, les grèves des livreurs de nourriture sont passées de seulement 3 à 13 en 2021, principalement contre les réductions de salaire.

Les chauffeurs de taxi ont subi de plein fouet l’augmentation des coûts d’exploitation due à la hausse des prix du pétrole et du gaz naturel. La guerre des prix du covoiturage et la volatilité des marchés ont fait que l’année dernière, la carte des grèves a enregistré 150 grèves impliquant des chauffeurs de taxi, contre 116 l’année précédente.

Les chauffeurs de taxi ont lancé des pétitions et se sont mis en grève par centaines. Ils et elles ont tendance à exiger un travail équitable vis-à-vis des sociétés de taxis, car ces intermédiaires prennent souvent de fortes marges et font très peu pour les chauffeurs. Les travailleur·euses demandent également que les droits de gestion des taxis et de propriété des véhicules soient intégrés en un même seul droit.

Les exigences de consommation de la nouvelle classe moyenne chinoise ont façonné les pressions auxquelles les travailleur·euses sont confrontés et la nature des industries dans lesquelles les grèves se concentrent. Les travailleur·euses se retrouvent sans salaire lorsque des restaurants et des salles de sport font faillite. L’année dernière, la répression dans le secteur de l’éducation a entraîné la perte d’emplois et de salaires pour les enseignants. L’année dernière, 158 grèves ont concerné des travailleur·euses des services et 53 des établissements d’enseignement et de formation.

La plus grande proportion de grèves concerne les travailleur·euses de la construction (38 %), bien qu’il y ait une diminution globale de son poids par rapport à l’année précédente (45 %). Sur les 118 grèves dans le secteur de la construction en 2021, 72 concernent des projets de construction de centres commerciaux.

Evergrande a fait les gros titres pour des salaires impayés l’année dernière. The Strike Map a recensé que sur 11 sites de construction d’Evergrande des travailleur·euses ont déclaré ne pas avoir été payés. Ces incidents se sont produits dans des provinces intérieures comme le Hunan, le Hubei, le Guangxi et le Yunnan. Les travailleur·euses ont été poussé·es à la grève en raison du non-paiement des salaires, de l’assurance sociale et des fonds de logement, ainsi que des détournements de fonds publics.

Le nombre de grèves impliquant des travailleur·euses de la décoration intérieure et des infrastructures a diminué. Cela peut s’expliquer par le fait que les investissements en infrastructures n’ont augmenté que de 0,9 % sur l’année. Les investissements dans l’immobilier - logements, bureaux et locaux commerciaux - ont augmenté de 7 pour cent.

L’industrie manufacturière, autrefois un point chaud pour les grèves de travailleur·euses, a vu les actions collectives tomber à un bas niveau de 66 incidents en 2021. Depuis 2015 et 2016, les grèves contre les délocalisations et les fermetures d’usines par les grandes entreprises ont rapidement diminué en nombre. Désormais, la plupart des grèves portent sur les salaires et se produisent dans des usines de petite ou moyenne taille, qui ont dû faire face à une réduction des commandes et à une augmentation des coûts de production. Ce n’est là qu’un des facteurs qui ont permis à la province du Henan de dépasser celle du Guangdong en nombre total d’actions collectives en 2021, avec un total de 108 dans le Henan contre 92 dans le Guangdong.

Si l’on examine les tendances des cinq dernières années, la proportion de grèves impliquant des travailleur·euses du secteur manufacturier est tombée à 5 % en 2021, contre 20 % en 2017. Cependant, la proportion de grèves impliquant des travailleur·euses du secteur des services est restée relativement stable, entre 15 et 20 pour cent, pendant cette période. Les grèves dans le secteur des transports sont passées de 10 % en 2017 à 35 % en 2021.

Nous prévoyons que les secteurs de la logistique et des services continueront à être les secteurs où la concurrence sera la plus féroce en 2022, ce qui entraînera régulièrement l’essor et le déclin des petites et moyennes entreprises, ainsi que des protestations contre les salaires impayés. Pourtant, dans les secteurs manufacturier et minier, l’automatisation et les développements technologiques ont changé la nature des relations de travail et menacent les moyens de subsistance, ce qui augmente le potentiel d’actions des travailleur·euses dans ces secteurs en déclin.

Nous constatons également que l’intervention du gouvernement dans les grèves et les négociations collectives a augmenté l’année dernière pour toucher environ la moitié de tous les incidents. La police a été dépêchée pour intervenir dans seulement 7,8 % des actions, soit 85 incidents. Les cas dans lesquels les syndicats [officiels] s’impliquent restent encore très faibles. Depuis 2015, Xi Jinping a évoqué la nécessité de réformer le syndicat officiel pour qu’il devienne plus représentatif des intérêts des travailleur·euses. En 2021, il a insisté sur le principe de la « prospérité commune » pour tous. Comme nous le voyons dans nos données, la voix des travailleur·euses est forte et puissante, mais sans une participation active des syndicats, cet objectif pourra être difficilement atteint.

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Publié par China Labour Bulletin

15 février 2022
Traduction Patrick Le Tréhondat