Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes


jeudi, 2 décembre 2021

 
 

 

Amazon : grèves et manifestations dans 20 pays à l’occasion du Black Friday.

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Le jour du Black Friday, un groupe de syndicats et d’organisations de base, connu sous le nom de « Make Amazon Pay Coalition », organisera des manifestations et des grèves coordonnées dans au moins 20 pays pour exiger d’Amazon qu’elle verse aux travailleur·euses un salaire décent, qu’elle respecte leur droit de se syndiquer, qu’elle paie sa juste part d’impôts et qu’elle s’engage à respecter l’environnement.

Les actions prévues comprennent : une grève massive des chauffeurs-livreurs d’Amazon en Italie ; un arrêt de travail dans les entrepôts d’Amazon en France ; des manifestations sur le site de construction des nouveaux bureaux régionaux d’Amazon en Afrique du Sud ; des protestations des travailleur·euses de l’habillement au Bangladesh et au Cambodge.

Aux États-Unis, la Coalition Athena organisera des actions numériques avec le hashtag #MakeAmazonPay visant Whole Foods et Amazon, et tiendra une réunion publique sur l’avenir de l’organisation des travailleur·euses en Californie, et une autre avec des travailleur·euses dans l’Illinois sur les perturbations de la chaîne d’approvisionnement.

Les actions menées dans le monde entier le 26 novembre souligneront l’ampleur du rôle d’Amazon dans l’économie mondiale.
La coalition « Make Amazon Pay » a été lancée l’année dernière lors d’une journée de protestation à l’occasion du Black Friday, au cours de laquelle elle a dévoilé un ensemble de demandes communes émanant de 50 organisations de justice sociale, dont Progressive International, la Coalition Athena, GreenPeace, Our Revolution, Oxfam et le Mouvement Sunrise. Depuis lors, la coalition s’est élargie à plus de 70 syndicats, organisations de base, organismes de surveillance fiscale et groupes écologistes.

« Les actions de cette année s’annoncent beaucoup plus importantes avec des grèves et des protestations prévues dans plusieurs villes d’au moins 20 pays sur tous les continents habités de la planète », indique un communiqué de presse de l’événement mondial. « La journée mondiale d’action rassemblera des militant·es de différentes luttes - travail, environnement, fiscalité, données, vie privée, anti-monopole - alors que des syndicalistes, des militant·es de la société civile et des écologistes organiseront des actions communes. »

Le Black Friday et le Cyber Monday sont les plus grands événements commerciaux de l’année pour Amazon. Mais pour les travailleur·euses des entrepôts et les chauffeurs-livreurs d’Amazon, cela signifie une augmentation des quotas, des journées de travail plus longues et un risque accru d’accidents du travail. Entre le Black Friday et Noël, les accidents au travail des travailleur·euses d’entrepôt connaissent un pic, selon un rapport 2019 du Reveal Center for Investigative Reporting.

Outre les pays énumérés ci-dessus, les actions du Black Friday auront lieu au Canada, en Argentine, au Mexique, au Brésil, en Afrique du Sud, au Royaume-Uni, en Pologne, en Allemagne, en Slovaquie, en Autriche, au Luxembourg, en Espagne, en Irlande, en Turquie, en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Bangladesh, en Inde et au Cambodge.

« Les travailleur·euses, les avocat·es et les élu·es qui se rassemblent pour #MakeAmazonPay attireront l’attention du monde entier et changeront la façon dont le public perçoit Amazon », a déclaré Christy Hoffman, secrétaire générale d’UNI Global Union. « Lors de journées d’action mondiales comme le Black Friday, nous constatons que le mouvement qui pousse à changer les règles de notre économie et à défier le pouvoir des entreprises est de plus en plus audacieux et fort. »

La coalition #MakeAmazonPay est dirigée par UNI Global Union, une fédération syndicale mondiale, qui est affiliée à 150 syndicats représentant 20 millions de travailleur·euses dans le monde, et Progressive International, une organisation internationale réunissant des groupes militant·es de gauche.

« De l’extraction des ressources naturelles, à la fabrication ; de l’expédition et du stockage des produits dans le monde entier à leur livraison aux consommateur·trices ; du contrôle de quantités incalculables de données et de gestion à l’influence sur nos gouvernements : Amazon mène les travailleur·euses, les populations et la planète en bateau », a déclaré Casper Gelderblom, coordinateur de la campagne « Make Amazon Pay » à l’Internationale progressiste.

« Amazon est peut-être partout, mais nous le sommes aussi », a-t-il poursuivi. « À chaque maillon de cette chaîne d’abus, nous nous battons pour faire payer Amazon. Le vendredi noir du 26 novembre 2021, partout dans le monde, les travailleur·euses et les militant·es se lèveront dans des grèves, des protestations et des actions pour faire payer Amazon. »

En réponse à la nouvelle de la journée d’action de Make Amazon Pay, Kelly Nantel, directrice des relations avec les médias nationaux chez Amazon, a déclaré à Motherboard : « Ces groupes représentent une variété d’intérêts, et bien que nous ne soyons pas parfaits dans aucun domaine, si vous regardez objectivement ce qu’Amazon fait dans chacun de ces domaines, vous verrez que nous prenons notre rôle et notre impact très au sérieux. Nous inventons et investissons de manière significative dans tous ces domaines, nous jouons un rôle important dans la lutte contre le changement climatique en nous engageant, dans le cadre du Climate Pledge, à atteindre un bilan carbone net nul d’ici 2040, nous continuons à offrir des salaires compétitifs et d’excellents avantages sociaux, et nous inventons de nouvelles façons de garantir la sécurité et la santé de nos employés dans notre réseau opérationnel, pour n’en citer que quelques-unes. Chacun peut s’en convaincre en effectuant une visite virtuelle en direct de nos sites. »

Nantel a ajouté que le salaire moyen de départ d’Amazon est supérieur à 18 dollars de l’heure, selon le lieu, et qu’Amazon a embauché plus de travailleur·euses en 2020 que toute autre entreprise aux États-Unis.

Les manifestations du Black Frisai interviennent dans le cadre d’une longue période d’agitation syndicale chez Amazon à travers les États-Unis. Des campagnes de syndicalisation sont actuellement en cours dans les centres de distribution d’Amazon à Bessemer, en Alabama, et à New York - et plus tôt cette année, les Teamsters, l’un des plus grands syndicats du pays, ont lancé un projet national coordonné pour syndiquer Amazon. Motherboard a récemment publié l’enregistrement audio d’une réunion animée au centre d’approvisionnement d’Amazon à New York, au cours de laquelle des travailleur·euses ont confronté leurs supérieurs à leurs conditions de travail dangereuses et éprouvantes.

À l’échelle mondiale, Amazon emploie 1,3 million de personnes, ce qui en fait l’un des plus grands employeurs de la planète. L’entreprise est en passe de devenir le premier employeur des États-Unis d’ici un an ou deux.

« Le pouvoir d’Amazon de brutaliser les travailleur·euses et d’affamer les entreprises locales est mondial », a déclaré Yessenia Prodero, organisatrice des droits des immigré·es pour Massachusetts Jobs With Justice, un groupe membre de la coalition Athena. « Nous ne pourrons vraiment défier ce pouvoir que si nous nous renforçons au niveau mondial. Nous avons élaboré des stratégies avec nos partenaires internationaux pendant des années afin de proposer une vision cohérente sur tous les continents, et nous constatons que ces efforts prennent de l’ampleur. Ces actions constituent une escalade publique importante, et il y en aura beaucoup d’autres à venir. »

Dans toute l’Italie, pas moins de 15 000 livreur·euses d’Amazon, employé·es par des entrepreneurs et membres de trois syndicats italiens du transport, qui feront grève pendant 24 heures le 26 novembre. Les grévistes exigeront un allègement de la charge de travail, une réduction des heures de travail hebdomadaires, des primes de rendement et de nouvelles règles de confidentialité en matière de gestion et de surveillance des données.

En septembre, les travailleur·euses des entrepôts en Italie ont conclu un accord historique, le premier de leur histoire, avec Amazon après avoir organisé une grève nationale de 24 heures.

Elisa Gigliarelli, coordinatrice de la politique internationale pour la FILT-CGIL, le plus important syndicat italien du transport, affirme que la grève des magasinier·es qui a réussi à faire pression sur Amazon pour qu’elle signe un accord avec les syndicats plus tôt cette année servira de modèle à la grève et aux revendications des chauffeurs-livreurs italiens lors du Black Friday.

« Cette grève générale ne sort pas du néant », a déclaré Gigliarelli à Motherboard. « C’est le résultat de nos actions précédentes du mois et de l’année derniers, qui ont été très réussies en termes de participation et d’impact politique et médiatique. »
« Amazon a deux secteurs : les entrepôts et la livraison », poursuit-elle. « En Italie, les chauffeurs qui livrent des marchandises pour Amazon ne travaillent pas directement pour Amazon, mais pour des entreprises sous contrat. Nous devons considérer les travailleur·euses des entrepôts et les chauffeurs-livreurs comme une entité à part entière car, au final, les travailleur·euses indirect·es et direct·es travaillent pour la même entreprise et rendent Amazon plus grand et plus riche. Nous devons considérer l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. »

Au Royaume-Uni, le GMB, un syndicat qui représente les travailleur·euses des entrepôts, les chauffeurs-livreurs et les travailleur·euses de la technologie d’Amazon, organisera des manifestations sur un certain nombre de sites à travers le pays, y compris un important site Amazon à Londres. Les travailleur·euses demandent la reconnaissance syndicale d’Amazon. (Au Royaume-Uni, les travailleur·euses ont le droit de s’associer librement à des syndicats, mais Amazon a refusé de s’asseoir pour négocier avec un quelconque syndicat).

« Nous allons cibler 10 installations principales », a déclaré Mick Rix, un responsable national de GMB, un syndicat qui compte plus de 600 000 membres au Royaume-Uni. « Une partie de l’action consistera à dénoncer l’absurdité de Jeff Bezos qui veut quitter la planète dans un vaisseau spatial ».

Au Bangladesh, deux syndicats représentant les travailleur·euses du textile qui produisent pour les marques privées d’Amazon se mobiliseront dans les villes de Dhaka et Chittagong. Pendant ce temps, au Cambodge, les travailleur·euses de l’usine de vêtements Hulu Garment, qui a fourni pour Amazon et Adidas jusqu’à sa fermeture en mars 2020, manifesteront pour s’assurer qu’ils recevront 3,6 millions de dollars d’indemnités de licenciement.

Au Cap, en Afrique du Sud, une organisation communautaire va protester sur le site de construction du projet immobilier River Club d’Amazon, futur siège d’Amazon en Afrique.

Outre les manifestations et les grèves prévues dans le monde entier, Make Amazon Pay a choisi huit lieux pour illustrer les abus d’Amazon et l’unité et la résistance au mastodonte technologique, où des actions auront également lieu, notamment une raffinerie de pétrole en Amérique latine, une usine de la chaîne d’approvisionnement en Asie, un porte-conteneurs en Amérique latine, un entrepôt en Amérique du Nord, un dépôt de camions en Europe, un bureau régional en Afrique et un ministère des finances en Europe.

« Comme nous le voyons partout dans le monde, les travailleur·euses - qu’ils soient codeur·euses, préparateur·trices de commandes, chauffeurs ou concepteur·trices- marchent, font grève et élèvent la voix ensemble pour exiger la dignité et le respect que procure un syndicat », a déclaré Hoffman, le président d’UNI Global Union. « La solidarité ne s’effraie pas facilement, et Amazon ne brisera pas les alliances des travailleur·euses. »

Publié par vice.com
18 novembre 2021
Lauren Kaori Gurley

Traduction Patrick Le Tréhondat