Réseau Syndical International de Solidarité et de Luttes


mardi, 24 mai 2022

 
 

 

Iran : répression, précarité...

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Esmaïl Guérami est un ouvrier retraité emprisonné. Il a pu écrire une lettre contre sa peine de prison. Il a demandé le soutien des ouvriers et des syndicats internationaux. Nous publions ici sa lettre.

Maryam Vahidian est une journaliste basée en Iran. Elle a publié un article sur les contrats de travail précaires en Iran sur le site Eghtessad News (informations économiques). Elle a interviewé plusieurs ouvriers

Lettre d’Esmaïl Guérami, ouvrier retraité emprisonné

Je suis un ouvrier retraité des usines d’emballage. J’ai participé aux rassemblements légaux avec mes collègues afin de demander des augmentations de pension. La justice de la République islamique d’Iran m’a condamné à 4 ans de prison. Je suis à la prison du Grand Téhéran depuis 9 mois.

Où dans le monde l’on emprisonne un retraité de 66 ans pour avoir pris part aux actions autorisées alors qu’il a plusieurs problèmes de santé, entre autres épilepsie, prostate, dos et dents ?
L’Etat islamique d’Iran traite un retraité de telle sorte alors qu’il prétend respecter les droits de l’homme.

La prison du Grand Téhéran n’a même pas d’eau potable et le prisonnier doit en acheter. L’alimentation est d’une qualité lamentable et le prisonnier est obligé d’acheter à manger. L’eau chaude pour prendre une douche est inexistante.

Je voudrais demander aux retraité.es et ami.es de porter ma voix comme je l’ai fait pour elles et eux. Je leur demande de faire traduire la présente lettre dans toutes les langues possibles et de l’envoyer aux syndicats ouvriers et organisations de défense des droits de l’homme pour que le monde entier sache que la République islamique ment quand elle se dit respectueuse des droits humains.

Esmaïl Guérami
Prison du Grand Téhéran
Le 27/12/2021


Précarité extrême des ouvriers en Iran, des contrats de travail de 89 jours

Un accident de route survenu le 25 décembre 2021 a fait 10 morts et 15 blessés parmi les ouvriers du champ pétrolier Yadavaran au Khouzistan. Un ouvrier dit à la journaliste : « Notre situation est catastrophique. Nous avons les accidents du travail, les transports inadaptés, les dortoirs pourris et la mauvaise qualité des repas, car nous ne sommes pas embauchés officiellement. » Il précise : « Les responsables de l’État gagnent beaucoup d’argent sur notre dos… Ils ont dit que la cause de l’accident du 25 décembre était la faute humaine. » Mais un autre ouvrier dit : « Les employés ayant des contrats de travail officiels sont transportés avec des véhicules adéquats qui coûtent chers. Il y a 10 personnes dans des bus qui peuvent prendre 44 passagers, mais dans notre pétrochimie les véhicules sont des épaves. J’ai un master comme niveau d’étude. Étant donné que je suis considéré comme un employé sous contrat précaire, je n’ai aucun avantage. La sous-traitance est une invention du patronat pour diminuer les salaires et droits. On crée des sociétés sous-traitantes juste pour ne pas payer le dû des ouvriers. »

Les patrons des sociétés sous-traitantes sortent chaque jour une nouvelle carte. Un ouvrier explique : « Il n’y a plus d’embauche officielle, ni même en sous-traitance. Les nouveaux ouvriers n’ont que ses contrats précaires de 89 jours. Ils ne touchent aucune prime et peuvent être renvoyés à tout moment. Le patronat veut aussi empêcher toute protestation et grève.  » Les ouvriers mis à la retraite ne sont plus remplacés. Ils sont remplacés par d’autres avec des contrats de 89 jours. Les heures supplémentaires sont devenues une règle pour ces ouvriers et atteignent 120 heures par mois même pendant le week-end. Un ouvrier affirme qu’il a 20 ans d’ancienneté, fait 120 heures supplémentaires par mois et travaille le week-end pour toucher la moitié du salaire d’un collègue avec le contrat officiel. Le salaire est de l’ordre de 5 millions de tomans alors qu’une paye de moins de 12 millions de tomans met tout salarié sous le seuil de pauvreté.

La sous-traitance dans l’industrie pétrolière et pétrochimique est imposée pour déréglementer le marché du travail, développer le moins-disant salarial et faire marcher la concurrence entre les chômeurs. Les patrons sous-traitants ne font que baisser les salaires pour gagner plus d’appels d’offre. Le gouvernement a promis maintes fois mettre fin aux sous-traitance, promesse jamais tenue et cela dure depuis 10 ans.